Au tournant du XXe siècle, Paris est le centre du monde artistique. Des peintres venus des quatre coins du globe s’y retrouvent pour apprendre, créer, se confronter aux avant-gardes. Parmi eux, plusieurs Géorgiens qui vont marquer l’histoire de l’art, tantôt en restant à Paris, tantôt en rapportant dans leur pays les révolutions plastiques de Montparnasse.

Niko Pirosmani et son amour pour une Française

La légende la plus romantique du monde artistique géorgien met en scène Niko Pirosmani (1862-1918) et une actrice française de cabaret nommée Marguerite de Sèvres. Pirosmani, peintre autodidacte qui vendait ses tableaux sur des peaux d’animaux noires pour quelques kopecks, aurait dépensé ses dernières économies pour couvrir la rue de sa bien-aimée de fleurs fraîches — une démarche restée célèbre dans toute la Géorgie. La chanson Un million de roses rouges, popularisée par Alla Pougatchiova, s’inspire de cette histoire. Aujourd’hui, Pirosmani est le peintre national géorgien — ses œuvres, d’une naïveté puissante et mélancolique, ornent les murs des restaurants et les billets de banque.

Jacob Nikoladze dans l’atelier de Rodin

Le sculpteur Jacob Nikoladze (1876-1951) fut l’un des rares élèves directs d’Auguste Rodin à Paris, où il travailla dans son atelier au début du XXe siècle. Rentré en Géorgie après la révolution russe, il y fut le père de la sculpture moderne géorgienne. Son buste de Rodin, conservé au Musée national de Géorgie à Tbilissi, témoigne de cette filiation artistique franco-géorgienne.

David Kakabadze : Montparnasse et les avant-gardes

David Kakabadze (1889-1952) séjourna à Paris de 1919 à 1927, fréquentant les milieux cubistes et constructivistes de Montparnasse. Ses paysages d’Iméréthie réinterprétés à travers le prisme des avant-gardes européennes constituent une synthèse unique entre tradition géorgienne et modernité occidentale. Rentré en Géorgie soviétique, il dut adapter son style aux contraintes du réalisme socialiste — mais ses œuvres de la période parisienne sont aujourd’hui parmi les plus cotées de l’art géorgien du XXe siècle.

Felix Varla : le portraitiste des célébrités parisiennes

Felix Varlamishvili, dit « Varla » (1891-1981), exilé en France après 1921, devint l’un des portraitistes les plus courus de la haute société parisienne des années 1930-1950. Ses portraits de personnalités politiques, d’actrices et de musiciens ornaient les salons des grandes demeures parisiennes. Tombé dans l’oubli après sa mort, il est progressivement redécouvert par les historiens de l’art comme un chaînon essentiel entre la tradition picturale géorgienne et le portrait mondain parisien de l’entre-deux-guerres.

Où voir l’art géorgien à Paris ?

Si vous souhaitez vous imprégner de l’art géorgien avant votre voyage, quelques pistes parisiennes : le Musée des arts asiatiques Guimet conserve des collections d’art du Caucase ; certaines galeries du Marais exposent régulièrement des artistes géorgiens contemporains ; et la communauté géorgienne de Paris organise chaque année des expositions et des événements culturels que l’on peut suivre via l’Institut français du Caucase ou la Maison de la Géorgie.