Chaque automne, la Géorgie vibre au rythme du Rtveli — les vendanges. Ce n’est pas seulement une récolte agricole : c’est une fête nationale, un rite communautaire, un moment où toute la Kakhétie suspend le temps pour ramasser le raisin, presser le moût et remplir les qvevri enterrés dans les caves. Pour les voyageurs qui ont la chance d’être en Géorgie en septembre-octobre, le Rtveli est une expérience inoubliable.

Le calendrier des vendanges en Géorgie

Les vendanges géorgiennes s’étalent de mi-septembre à mi-octobre, selon les cépages et les régions. En Kakhétie — qui produit 70% du vin géorgien — les cépages blancs (Rkatsiteli, Mtsvane) sont récoltés en premier, généralement à partir de la troisième semaine de septembre. Les rouges (Saperavi) suivent en octobre. En Iméréthie et en Kartli, le calendrier est légèrement décalé. Les micro-négociants et vignerons naturels récoltent souvent plus tard pour obtenir une surmaturité maximale.

Le pressoir communautaire : une tradition millénaire

La méthode traditionnelle géorgienne de vinification implique le foulage des raisins aux pieds dans un grand bassin en pierre (le satsnakheli). Ce moment est festif par essence : toute la famille, les voisins et les amis sont conviés. On chante (les polyphonies géorgiennes trouvent leur origine dans les chants de vendange), on mange, on boit le vin de l’année précédente, et on foule le raisin à tour de rôle. Le jus obtenu — le tchuri — coule directement dans le qvevri où il fermentera pendant plusieurs semaines avec les pellicules et les pépins.

Le qvevri : la magie de l’amphore enterrée

Le qvevri est le cœur de la vinification géorgienne. Cette amphore en terre cuite, de quelques dizaines à plusieurs milliers de litres, est enterrée jusqu’au col dans la terre ou dans le plancher de la cave. La température constante du sol (autour de 14-15°C) régule la fermentation et la maturation du vin. Après 6 mois de contact avec les peaux, les pépins et les rafles, le vin est soutiré — il a pris une belle couleur ambrée, des tanins souples et une complexité aromatique unique. L’UNESCO a reconnu cette méthode comme Patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2013.

Participer au Rtveli : comment faire ?

La meilleure façon de vivre le Rtveli de l’intérieur est de séjourner chez un vigneron kakhétien pendant quelques jours. Les guesthouses familiales de la région (à Telavi, Sighnaghi, Tsinandali ou dans les villages viticoles) organisent souvent des journées de vendanges pour leurs hôtes. Il suffit de se lever tôt, d’enfiler des vêtements que vous n’avez pas peur de tacher, et de se joindre à la famille dans les vignes. En échange de votre aide, vous serez invité à partager le repas communautaire du soir — un festin généreux arrosé du nouveau vin, dont la fermentation commence à peine et qui a déjà des saveurs complexes et une légère effervescence.