Le 23 octobre 1942, lors de la bataille d’El-Alamein dans le désert d’Égypte, un officier de la Légion étrangère française tombe sous les balles ennemies. Il s’appelait Dimitri Amilakhvari. Prince géorgien en exil, lieutenant-colonel de la Légion, Compagnon de la Libération — il est l’un des symboles les plus puissants de l’amitié franco-géorgienne et de l’engagement pour la liberté.

Un prince géorgien à la Légion étrangère

Né en 1906 en Géorgie dans une famille princière dont la lignée remontait aux rois de Kartli, Dimitri Amilakhvari dut quitter son pays à 15 ans lors de l’invasion soviétique de 1921. Réfugié en France comme des centaines de nobles géorgiens, il s’engage à 18 ans dans la Légion étrangère — le corps militaire français ouvert aux étrangers. Il gravit tous les échelons, s’illustre en Syrie et au Maroc, et devient l’un des officiers les plus respectés de la Légion.

L’appel du 18 juin : un Géorgien rejoint De Gaulle

En juin 1940, au moment de l’armistice, Amilakhvari refuse la capitulation. Il rallie De Gaulle en Angleterre avec son unité — le 13e Demi-brigade de la Légion étrangère (13e DBLE) — et devient l’un des premiers officiers des Forces françaises libres. Sa phrase, prononcée devant ses soldats légionnaires étrangers, est restée dans l’histoire : « Nous, étrangers, n’avons qu’un seul moyen de payer notre dette envers la France : mourir pour elle. »

Bir Hakeim et El-Alamein : la gloire et le sacrifice

Amilakhvari se distingue lors de la défense de Bir Hakeim en juin 1942 — l’épisode légendaire où la brigade de Kœnig résista pendant deux semaines aux forces de Rommel, permettant à la 8e armée britannique de se regrouper. Quelques mois plus tard, lors de la deuxième bataille d’El-Alamein en octobre 1942, il tombe au combat, frappé par un éclat d’obus lors de l’offensive décisive contre les forces de l’Axe. Il avait 36 ans. Il fut nommé Compagnon de la Libération à titre posthume par le général de Gaulle.

Un symbole pour deux nations

En Géorgie, Dimitri Amilakhvari est célébré comme un héros national — un exemple de fidélité à ses valeurs et d’engagement pour la liberté, même loin de sa patrie. En France, son nom est gravé sur les monuments aux morts de la Légion étrangère à Aubagne et sur l’Arc de Triomphe à Paris. En 2021, pour le centenaire de l’invasion soviétique de la Géorgie, des cérémonies commémoratives ont eu lieu à Tbilissi et à Paris en sa mémoire. Sa figure incarne mieux que quiconque les liens indéfectibles entre la France et la Géorgie.