En février 1921, alors que les bolchéviques envahissent la Géorgie, le gouvernement géorgien prend une décision extraordinaire : confier les trésors nationaux du pays — joyaux de la couronne, manuscrits enluminés médiévaux, collections archéologiques inestimables — à un croiseur de la marine française pour les mettre à l’abri. Pendant 24 ans, ces trésors voyageront de Paris à Leuville-sur-Orge, gardés par un seul homme : Ekvtime Takaishvili.
Ekvtime Takaishvili : le gardien du patrimoine
Ekvtime Takaishvili (1863-1953) est l’une des figures les plus admirées de l’histoire géorgienne. Historien, archéologue et homme d’État, il avait consacré sa vie à recenser et préserver le patrimoine culturel de son pays. Quand vint l’heure de l’exil, il ne quitta pas la Géorgie les mains vides. Avec l’aide du ministère des Affaires étrangères français et du croiseur Ernest Renan, il organisa l’évacuation de centaines de pièces d’une valeur inestimable : couronnes royales médiévales, croix processionnelles en or et argent, icônes émaillées, monnaies antiques, manuscrits uniques.
Un exil de 24 ans entre Paris et Leuville
Les trésors géorgiens furent d’abord stockés à Paris, puis transférés au château de Leuville-sur-Orge, quartier général du gouvernement géorgien en exil. Takaishvili, vieillissant et exilé lui aussi, les garda avec une dévotion absolue pendant plus de deux décennies. Il refusa toutes les offres d’achat, résista aux pressions soviétiques, et vécut dans une relative pauvreté pour maintenir intact le patrimoine de sa nation. Il catalogua minutieusement chaque pièce, produisant des études académiques de référence sur ces trésors même depuis l’exil.
Le retour triomphal de 1945
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, vieilli de 82 ans, Takaishvili prit la décision de rentrer en Géorgie soviétique avec les trésors. Le retour, en 1945, fut un événement national : les caisses contenant le patrimoine géorgien arrivèrent à Tbilissi sous les acclamations de la population. Takaishvili fut accueilli en héros, malgré les risques qu’il prenait en rentrant dans un pays sous domination soviétique. Il mourut en 1953 à Tbilissi, à 90 ans, après avoir accompli sa mission. La Géorgie indépendante l’a élevé au rang de saint national et a fait de son nom un synonyme de dévouement patriotique.
Les trésors aujourd’hui
Les trésors sauvés par Takaishvili sont aujourd’hui conservés au Musée national de Géorgie à Tbilissi, dans le trésor (la section des objets en or et en argent), qui est l’une des collections d’orfèvrerie médiévale les plus importantes du monde. Une visite de cette salle, avec ses couronnes royales et ses croix émaillées d’époque médiévale, permet de mesurer ce qui aurait été perdu sans le courage de cet homme. La France, en accueillant ces trésors pendant 24 ans, a joué un rôle discret mais décisif dans la préservation du patrimoine géorgien.
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