Otar Iosseliani, né à Tbilissi en 1934, est sans doute le réalisateur géorgien le plus célébré dans le monde occidental. Après avoir tourné plusieurs films en Géorgie soviétique — dont le chef-d’œuvre Il était une fois un merle chanteur (1970) — il s’installa définitivement en France en 1982. Paris lui offrit ce que Tbilissi lui refusait : la liberté de tourner. Il y réalisa presque toute son œuvre, entouré d’acteurs français et d’une équipe franco-géorgienne. Il est décédé à Paris en 2023, laissant une œuvre unique, à la fois mélancolique et malicieuse.
Iosseliani, figure tutélaire du cinéma franco-géorgien
L’œuvre française d’Iosseliani — des Favoris de la lune (1984) à Chantrapas (2010) — est inclassable. Ses films, sans dialogues explicatifs, sans héros conventionnels, construits comme des fresques collectives où les destins s’entrecroisent avec une grâce mélancolique, ont influencé des générations de cinéastes. Il fut récompensé par un Lion d’argent à Venise, un César d’honneur, et d’innombrables prix dans les festivals du monde entier. La Cinémathèque française lui a consacré une rétrospective complète.
« Depuis qu’Otar est parti » : la Géorgie vue de Paris
En 2003, la réalisatrice française Julie Bertuccelli réalise Depuis qu’Otar est parti, film qui reçut le César du meilleur premier film. L’histoire : une vieille femme géorgienne qui attend des nouvelles de son fils Otar, parti travailler à Paris comme maçon clandestin. Un film à la fois intime et universel, tourné à Tbilissi, qui toucha des millions de spectateurs français et révéla la Géorgie au grand public hexagonal. Le prénom « Otar » est évidemment un clin d’œil à Iosseliani.
Une nouvelle génération de cinéastes géorgiens formés en France
La Fémis (école nationale de cinéma française) et Paris ont accueilli plusieurs réalisateurs géorgiens qui font aujourd’hui la fierté du cinéma géorgien contemporain. Géla Babluani réalisa 13 (Tzameti) en 2005 — tourné en France, primé à Sundance — avant de partir à Hollywood. Tinatin Kajrishvili (formée à la Fémis) signe Bless My Sins (2011), sélectionné à la Semaine de la critique de Cannes. Téona Grenade (Téona Strugar Mitevska) et Salomé Alexi poursuivent cette tradition d’un cinéma géorgien qui dialogue avec l’Europe.
Cinéma en Géorgie : les festivals et les lieux de culte
Pour les cinéphiles voyageant en Géorgie, plusieurs lieux méritent une visite. La Cinémathèque géorgienne à Tbilissi conserve l’œuvre des grands cinéastes soviétiques géorgiens (Chiaureli, Chenguelaia, Ioseliani). Le Tbilisi International Film Festival (décembre) est l’événement cinématographique majeur du Caucase. Et certains quartiers de Tbilissi — notamment les Studios de cinéma de Gldani — ont servi de décors à des productions internationales qui ont découvert la ville comme destination de tournage.
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