Au début du XVIIe siècle, un joaillier français du nom de Jean Chardin entame un voyage extraordinaire à travers la Perse et le Caucase. Il est le premier d’une longue série de voyageurs français qui, pendant trois siècles, vont sillonner la Géorgie et rapporter en France des récits qui ont construit l’image de ce pays mystérieux dans l’imaginaire hexagonal.
Jean Chardin : le premier grand témoin occidental (1672-1673)
Jean Chardin (1643-1713), bijoutier parisien parti vendre ses pierres précieuses en Perse, est le premier voyageur occidental à laisser un récit détaillé de la Géorgie. Ses Voyages en Perse et en Orient décrivent avec une précision fascinante les mœurs, les costumes, l’architecture et les traditions des Géorgiens de l’époque safavide. Son ouvrage, publié à Paris en plusieurs volumes, devint une référence pour les orientalistes européens et suscita la curiosité de toute une génération de lecteurs sur ce pays mystérieux du Caucase.
Joseph Pitton de Tournefort : le botaniste du Caucase (1700-1702)
Envoyé par Louis XIV pour cataloguer les plantes du Levant et du Caucase, le botaniste marseillais Joseph Pitton de Tournefort traversa la Géorgie en 1700. Ses observations sur la flore caucasienne — et notamment sur la vigne sauvage abondante dans les forêts de Kakhétie, qu’il relie à la viticulture ancienne — font de lui un précurseur de l’ethnobotanique. Son Relation d’un voyage du Levant (1717) reste un document précieux pour les historiens de la viticulture.
Frédéric Dubois de Montpérreux : l’archéologue qui dessina la Géorgie (1831-1834)
Le Neuchâtelois Frédéric Dubois de Montpérreux, de formation française, est peut-être le voyageur qui a le mieux documenté la Géorgie au XIXe siècle. Ses six volumes de Voyage autour du Caucase (1839-1843), illustrés de centaines de lithographies dessinées sur le vif, constituent une source iconographique irremplaçable sur les monuments, les costumes et les paysages géorgiens avant l’industrialisation russe. Ses dessins des tours svanes, des monastères médiévaux et des habitants de Tbilissi sont d’une précision et d’une beauté remarquables.
Marie-Félicité Brosset : le père de la géorgianologie française
Si un seul homme devait incarner le lien intellectuel entre la France et la Géorgie au XIXe siècle, ce serait Marie-Félicité Brosset (1802-1880), érudit français qui apprit le géorgien seul à Paris avant de devenir le premier professeur de géorgien de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg. Il traduisit en français la grande chronique médiévale géorgienne (Kartlis Tskhovreba — « Vie de la Géorgie »), des épopées poétiques, des chartes royales. Sans lui, la littérature médiévale géorgienne serait restée largement inaccessible aux chercheurs occidentaux.
Alexandre Dumas : la Géorgie popularisée (1858-1859)
Le plus célèbre des voyageurs français en Géorgie reste sans conteste Alexandre Dumas, qui visita le Caucase en 1858-1859 et publia ses impressions dans Le Voyage au Caucase. Bien moins rigoureux scientifiquement que ses prédécesseurs, Dumas compensa par un talent narratif incomparable pour faire aimer la Géorgie au grand public français. Sa statue à Poti, sur la mer Noire, témoigne de la gratitude géorgienne pour cet ambassadeur inattendu. C’est aussi lors de ce voyage qu’il rapporta en France la recette du tkemali, confiture de prunes sauvages qui l’avait enchanté.
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