La Géorgie possède l’une des littératures les plus riches et les plus anciennes du monde chrétien. Depuis les premières traductions liturgiques du Ve siècle jusqu’aux poètes du XXe siècle célébrés à travers le monde, la langue géorgienne — avec son alphabet unique au monde — a produit des chefs-d’œuvre qui méritent d’être connus bien au-delà des frontières du Caucase.

Roustelavi : le génie médiéval de la Géorgie

Chota Roustaveli est au géorgien ce que Dante est à l’italien ou Cervantes à l’espagnol : le père fondateur de la littérature nationale. Son épopée L’Homme à la peau de tigre (Vepkhvistqaosani), écrite vers 1200 sous le règne de la reine Tamar, est considérée comme le chef-d’œuvre absolu de la littérature géorgienne médiévale. Ce roman chevaleresque en vers — 1 700 quatrains d’une perfection formelle saisissante — chante l’amitié virile, l’amour courtois et la quête du héros dans un monde où se mêlent Orient et Occident. Appris par cœur par des générations de Géorgiens, ses vers sont cités dans les discours officiels, les toasts de mariage et les conversations quotidiennes.

L’âge d’or de la poésie géorgienne

Le XIXe et le début du XXe siècle ont vu fleurir une poésie géorgienne d’une grande richesse. Ilia Tchavtchavadzé (1837-1907), romancier, poète et patriote, est vénéré comme le « père de la nation géorgienne » — il fut canonisé par l’Église orthodoxe géorgienne en 1987. Akaki Tsereteli (1840-1915) est le poète des amours et de la nature géorgiennes, dont les poèmes ont été mis en musique et sont chantés dans toutes les familles. Galaktion Tabidze (1891-1959), le « poète maudit » géorgien, exilé puis revenu en Géorgie soviétique où il mena une vie tragique, a laissé une œuvre lyrique d’une beauté déchirante.

L’alphabet géorgien : un patrimoine vivant

L’alphabet géorgien — le mkhedruli — est l’un des 14 alphabets encore utilisés dans le monde. Ses 33 caractères, aux formes arrondies et élégantes, sont apparus au Ve siècle et ont peu changé depuis. L’UNESCO a inscrit l’alphabet géorgien au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2016. Pour les Géorgiens, leur alphabet n’est pas seulement un outil de communication — c’est un symbole d’identité nationale, la preuve tangible d’une civilisation ancienne et singulière. Des fresques en mkhedruli ornent les murs des monastères médiévaux, des tatouages en lettres géorgiennes ornent les bras des Tbilissois branchés, et des ateliers de calligraphie géorgienne accueillent les touristes curieux.

La littérature géorgienne contemporaine

Depuis l’indépendance de 1991, une nouvelle génération d’écrivains géorgiens s’affirme sur la scène internationale. Aka Morchiladze, auteur de romans policiers et d’histoires fantastiques ancrées dans la Tbilissi contemporaine, est le romancier le plus lu en Géorgie. Nino Haratischvili (née en 1983, auteure en allemand), avec son roman fleuve La Huitième Vie (paru en France chez Piranha), a révélé aux lecteurs européens un siècle d’histoire géorgienne à travers le destin d’une famille tbilissoise. Ce roman de 1 200 pages, traduit en 25 langues, est une porte d’entrée idéale pour ceux qui veulent mieux comprendre la Géorgie avant un voyage.